Concert d'Esculape
Le Concert d’Esculape de Lalande, publié par le Centre de musique baroque de Versailles dans la collection Voix soliste / Ensemble vocal, est une pièce vocale atypique. Plus proche de la cantate que du divertissement, cette œuvre pour quatre chanteurs et trio instrumental nous fait entrer dans l’intimité de la cour, du roi et de sa favorite, Madame de Montespan.
L’œuvre, écrite en 1683, la même année que Les Fontaines de Versailles, fut donnée dans les appartements que Madame de Montespan occupait encore au château de Versailles, à l’étage, donnant sur la cour royale. Un cercle restreint, voire intime, assiste, en présence du roi, à un éloge dont le sens repose sur un réseau d’allusions et de codes propres à la culture de cour, fondé sur la mythologie. Le compliment est-il adressé au médecin Jean-Baptiste Moreaux ou à la Dauphine ? La préface fait précisément le point sur le contexte et les circonstances qui permettent au jeune Lalande, tout juste nommé sous-maître de la Chapelle royale, d’accompagner en musique la cour, récemment installée à Versailles.
Le livret, attribué à Antoine Morel, est, à l’image des Fontaines de Versailles, un hommage allégorique, sans effets dramatiques. D’une durée d’environ vingt minutes, Le Concert d’Esculape requiert au minimum quatre voix récitantes (dessus, haute-contre, taille, basse-taille et/ou basse), possiblement renforcées dans les chœurs, ainsi qu’un ensemble instrumental en trio, mentionnant violons, flûtes et hautbois.
Né à Paris en 1657, Michel-Richard de Lalande (1657-1726) reçoit sa formation musicale à la maîtrise de Saint-Germain-l’Auxerrois. Organiste réputé, il tient plusieurs tribunes parisiennes. Maître de clavecin des filles légitimées de Louis XIV, il intègre la Musique du roi en 1683. Il cumule alors peu à peu les offices de la Musique de la cour, des quatre quartiers de sous-maître de la Chapelle, aux trois grandes charges (surintendant, maître et compositeur) de la Musique de la Chambre. Il est l’auteur de ballets, mascarades, musiques de scène et divertissements de cour, ainsi que des fameuses Symphonies pour les soupers du Roi. C’est à la Chapelle que son empreinte est la plus forte. Des 77 grands motets qu’il compose, certains d’entre eux font les beaux jours du Concert Spirituel jusqu’à la fin de l’Ancien Régime.