Leçons de Ténèbres
Publiées par le Centre de musique baroque de Versailles, les trois Leçons de Ténèbres de Michel-Richard de Lalande s’inscrivent dans l’office des Ténèbres, dont la célébration connut à Paris, entre les années 1660 et 1735, un véritable engouement du public. Les grandes congrégations faisaient appel à des chanteurs laïques pour rehausser l’éclat d’un dispositif liturgique déjà élaboré. L’édition, pour voix de dessus et basse continue, est également proposée dans une version avec réalisation de la basse continue. Spécialistes comme amateurs pourront s’approprier ces œuvres sublimes, emblématiques du théâtre de la foi du XVIIIe siècle.
Charpentier, Couperin, Gilles, Lambert… À cette longue liste de leçons inspirées, qui, par leur effectif restreint, répondent à la sobriété et la retenue nécessaires à la Semaine sainte, Michel-Richard de Lalande apporte une contribution tout à fait remarquable. Il alterne les passages déclamatoires, proches du récitatif, et les passages plus mesurés, souvent construits sur des formes fermées avec reprises. Il y ajoute une palette d’affects contrastés en variant le mouvement et le caractère. Pour guider l’auditeur, il utilise des éléments récurrents dans le texte ou dans la musique, comme cette exhortation finale à la conversion de Jérusalem.
Du cycle complet, seules ces trois Leçons de Ténèbres de Lalande nous sont parvenues, dont la parution, quatre ans après la mort du compositeur, laisse à penser qu’il les a révisées. S’agit-il de celles que l’on pouvait écouter à la Sainte-Chapelle de Paris en 1680 ? Ou bien de celles que l’on pouvait entendre chez les Dames de l’Assomption chantées par les Demoiselles Lalande avant 1711 ? Thomas Leconte retrace l’histoire de ces Leçons dans une abondante préface, qui aborde également le système d’ornementation du compositeur.
Les éditions du Centre de musique baroque de Versailles proposent également une version avec basse continue réalisée pour faciliter l’accès à ces chefs-d’œuvres du baroque français aux musiciens de tout niveau.
Né à Paris en 1657, Michel-Richard de Lalande (1657-1726) reçoit sa formation musicale à la maîtrise de Saint-Germain-l’Auxerrois. Organiste réputé, il tient plusieurs tribunes parisiennes. Maître de clavecin des filles légitimées de Louis XIV, il intègre la Musique du roi en 1683. Il cumule alors peu à peu les offices de la Musique de la cour, des quatre quartiers de sous-maître de la Chapelle, aux trois grandes charges (surintendant, maître et compositeur) de la Musique de la Chambre. Il est l’auteur de ballets, mascarades, musiques de scène et divertissements de cour, ainsi que des fameuses Symphonies pour les soupers du Roi. C’est à la Chapelle que son empreinte est la plus forte. Des 77 grands motets qu’il compose, certains d’entre eux font les beaux jours du Concert Spirituel jusqu’à la fin de l’Ancien Régime.