Miserere à voix seule
Le Centre de musique baroque de Versailles propose une version moins connue du Miserere à voix seule de Lalande, en alternance avec un faux-bourdon à trois voix égales présent dans la copie de S. de Brossard (1711). La partition laisse néanmoins la possibilité de diversifier les alternances (avec le plain chant ou le faux bourdon) ou de varier les voix solistes pour souligner les contrastes internes du texte.
Ce Miserere à voix seule de Lalande est, comme les Leçons, lié à l’office des Ténèbres : il se donnait aux laudes, succédant aux lectures et aux répons des trois nocturnes des matines. La sobriété et la retenue propres à ce temps liturgique sont servies par un effectif restreint : une voix seule accompagnée par une basse continue à l’orgue.
Cette œuvre est l’un des grands succès de Michel-Richard de Lalande. Est-ce parce qu’il déroge à l’alternance stricte des versets afin de construire une progression dramatique continue qui exploite pleinement le potentiel poétique et expressif de ce psaume méditatif ? Ou qu’il partage son matériel musical avec son grand motet homonyme, écrit pour la chapelle royale ?
La déclinaison de la partition avec une version où la basse continue est réalisée permettra de faire entrer ce chef-d’œuvre du baroque français sacré au répertoire des chanteurs dès leur apprentissage.
Né à Paris en 1657, Michel-Richard de Lalande (1657-1726) reçoit sa formation musicale à la maîtrise de Saint-Germain-l’Auxerrois. Organiste réputé, il tient plusieurs tribunes parisiennes. Maître de clavecin des filles légitimées de Louis XIV, il intègre la Musique du roi en 1683. Il cumule alors peu à peu les offices de la Musique de la cour, des quatre quartiers de sous-maître de la Chapelle, aux trois grandes charges (surintendant, maître et compositeur) de la Musique de la Chambre. Il est l’auteur de ballets, mascarades, musiques de scène et divertissements de cour, ainsi que des fameuses Symphonies pour les soupers du Roi. C’est à la Chapelle que son empreinte est la plus forte. Des 77 grands motets qu’il compose, certains d’entre eux font les beaux jours du Concert Spirituel jusqu’à la fin de l’Ancien Régime.