Exaudiat te Dominus
Exaudiat te Dominus, édité par le Centre de musique baroque de Versailles, est le seul grand motet de Boismortier conservé à ce jour. Compositeur fécond encore trop peu joué aujourd’hui, Boismortier connut pourtant plusieurs succès avec ses œuvres sacrées. Fidèlement restituée malgré l’histoire complexe de ces sources manuscrites, cette œuvre remet à l’honneur un pan méconnu de sa production.
L’Exaudiat te Dominus s’appuie sur le psaume XIX, un texte particulièrement prisé sous l’Ancien Régime pour les événements dynastiques ou les victoires, largement connoté par son dernier verset, le fameux Domine salvum fac regem, d’ailleurs omis par Boismortier. Créé en 1741, le motet semble n’avoir été interprété que pour lui-même, ce que permettait l’institution du Concert spirituel. Il offre en effet de magnifiques tableaux dignes de l’opéra. Repris en 1750 avec quelques arrangements, il est peut-être le premier grand motet que Boismortier livra à cette institution avant l’immense succès de son Fugit nox, aujourd’hui perdu.
Les sources musicales de ce motet soulèvent plusieurs difficultés, tant sur le plan de l’instrumentation (une ou plusieurs trompettes, contrebasse, clavecin ou orgue… ) que sur celui du texte musical remanié par Royer. Michel Quagliozzi analyse l’ensemble de ces questions dans la préface et permet ainsi d’éclairer les choix d’interprétation à la lumière des connaissances actuelles du contexte historique.
D’un point de vue stylistique, l’Exaudiat te Dominus est un motet à numéros, à mi-chemin entre ceux de Lalande et de Mondonville. Le premier récit est un magnifique duo de basses-tailles. Il contient également un récit de dessus exigeant ; les chœurs, notamment les deux derniers numéros, et les parties instrumentales requièrent eux aussi des interprètes aguerris. Pour l’exécution de cette œuvre, au moins quatre solistes vocaux sont nécessaires : un dessus, une haute-contre et deux basses-tailles, un chœur à cinq parties à la française (dessus (divisés), hautes-contre, tailles, basses-tailles et basses) et un orchestre de bois, de cuivres et de cordes sans altos (deux petites flûtes, deux hautbois, basson, trompette, timbales, violons 1 et 2, violoncelles, contrebasse et clavecin ou orgue).
Joseph Bodin de Boismortier, né à Thionville en 1689 et mort à Roissy en 1755, est surtout connu aujourd'hui comme le compositeur d’une œuvre instrumentale prolifique, particulièrement aimé des flûtistes. Il fut en effet l'un des premiers compositeurs à avoir vécu exclusivement de son art. Ce n'est que depuis quelques années que l'on s'intéresse à nouveau à ses œuvres lyriques, capables d'obtenir des succès face à Rameau en son temps. Son œuvre religieuse, moins connue, ne nous est parvenue que de façon fragmentaire : quelques petits motets, ses Noëls en concerto et cet unique grand motet parmi ceux qu’il composa pour le Concert spirituel.